Corruptisme en Linafoot : qui dit oui à l’argent, écrit son testament (Partie 1)

Dirigeants corrupteurs, arbitres corrompus, supporters enragés…matchs de famille…telles sont les lettres de noblesse du championnat national de football congolais, dans lequel, perdre un match sur terrain revient à dire qu’on n’a pas taché le gagner en dehors. Disons qu’au lieu de s’engager sur des pronostics incertains, les dirigeants des clubs engagés en Linafoot préfèrent parer à toute éventualité. D’après tout, pourquoi risquer perdre des points sur terrain quand on peut les amasser en amont à travers des arrangements ?
À ce point, n’aurait-il pas raison, l’entraîneur Nanite de Vita Club, en estimant qu’en République Démocratique du Congo, ce n’est pas le football qui s’y organise mais un crime. En effet, il va sans dire que le football congolais repose sur des pratiques criminelles qui, à force d’être soigneusement entretenues, ce sont érigées en normes.

Quand les corrupteurs se plaignent des corrompus
C’est devenu le leitmotiv de chaque début de soirée : un club a récusé un arbitre. D’ailleurs, pour être plus exhaustif, le TP Mazembe en a récemment récusé 15, qui ne lui sont sans doute pas loyaux. En reponse, Les Aigles du Congo viennent d’en recuser à leur tour 10, dont le préposé pour leur match contre le TPM. Et pourtant, le même Taylor Bambisa dont le sifflet est mis en doute par le champion du Congo en titre, est déjà blacklisté par les Corbeaux. Une double-récusation qui atteste moins la subjectivité dudit arbitre que la crainte mutuelle de deux équipes sur la formation d’attache de ce dernier. Autrement-dit, Mazembe et Les Aigles craindraient tous deux l’affiliation de Monsieur Bambisa à l’un d’entre-eux.
Le comble de l’histoire est que, cette tendance cancéreuse qui rythme l’élite congolaise, a fini par nourrir une rhétorique de récusation systématique de la part des clubs avant chaque match. Une bonne façon de justifier au préalable une défaite, ou alors de dérouler le tapis pour d’éventuelles violences, dont la Ligue finit par porter le chapeau. Cette tactique avait été brillamment mise en scène par Vclub avant le choc face aux Aigles de Kinshasa, en recusant le quatuor arbitral, et en mettant en garde sur des probables échauffourées au cours du match.

Au fait, aucun arbitre désigné par la commission d’arbitres de la Linafoot ne fait l’unanimité auprès des clubs. En d’autres termes, aucun homme en noir congolais n’est vraiment neutre aux yeux du public sportif. Chaque arbitre aurait au moins un club d’affiliation qu’il tient des supporters, par passion ou par intérêts. Un phénomène qui rappelle le vieux concept familier au football congolais : « Arbitre Kamikaze », pour désigner ces sifflets prépayés pour faire gagner des matchs.
Plus grave encore, depuis le début des play-offs, chaque équipe se plaint. Si ce n’est pas Maniema Union pour la délocalisation de ses matchs loin de Kindu, c’est l’AS Vita Club pour les décisions arbitrales, qui sont, selon elle, systématiquement en sa défaveur. Mazembe lui a déjà rendu public une liste de 15 arbitres qui lui seraient défavorables. De leur côté, Les Aigles du Congo, qui sont entrain de battre le record du nombre de penaltys accordés sur une saison, se plaignent néanmoins d’un arbitrage tendancieux. Pour le prouver, ils viennent de publier leur liste des arbitres « non grata ». Lupopo n’est pas en reste dans cette messe de victimisation. Pour leur part, les Lumpas, quoiqu’en difficultés à l’interne, justifient de temps en temps leur état par la théorie du complot à leur encontre.

Une Ligue débordée et impuissante
L’impression est que, face à cette hémorragie, la Linafoot semble avoir les mains et les poings liés. Elle donne l’air de n’avoir aucune marge de manœuvre pour mettre un terme à ce cancer qui ne cesse de décredibiliser le championnat national congolais. Ne sachant comment s’y prendre, la Ligue elle-même se plaint de l’affairisme des dirigeants de clubs et les arbitres. C’est en tout cas ce qu’avait laisser transparaître Bosco Mwehu, le président honoraire de la Ligue Nationale de Football lors de son départ.
À en croire Bosco Mwehu, les dirigeants de clubs sont à l’origine des corruptions des arbitres, mais pendant ce temps, eux-mêmes s’en plaignent. La Linafoot connait donc très bien l’origine du mal, ses dépositaires, et même ses bénéficiaires, mais elle ne sait comment procéder pour stopper l’hémorragie. D’après tout, l’instance elle-même serait dans les poches de certains propriétaires des clubs selon les oui-dires.
● ….À suivre (Deuxième partie)
Gaéthan KOMBI
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